L'Histoire revisitée : l'excellence de Col&MacArthur

Bonjour Sébastien, pourriez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amené à Col&MacArthur ?

Je n’ai pas suivi un parcours classique dans l’horlogerie. Je suis ingénieur civil de formation et titulaire d’un MBA en entrepreneuriat, un socle qui m’a donné à la fois une rigueur analytique et une vision très concrète de la création et du développement d’entreprises. Mon fil conducteur a toujours été l’entrepreneuriat, la construction de projets porteurs de sens et le goût du risque assumé.

Col&MacArthur est né d’une conviction profonde : un objet peut porter bien plus qu’une fonction. Le moteur initial était de créer un objet porteur d’espoir, ancré dans des valeurs nobles — celles qui ont été incarnées, parfois dans l’ombre, par des érudits comme par des illustres inconnus. L’idée n’était pas de créer une énième marque de montres, mais de donner une forme tangible à l’Histoire, aux grands moments et aux engagements humains qui nous dépassent.

La montre s’est imposée naturellement : c’est un objet intime, durable, que l’on garde, que l’on transmet. Ce qui m’a amené à Col&MacArthur, c’est cette obsession de redonner du sens à ce que l’on porte au poignet. Construire une marque qui assume une dimension culturelle et émotionnelle forte, tout en étant exigeante sur le produit, le détail et la cohérence globale. Aujourd’hui, mon rôle est de faire grandir cette vision, sans jamais trahir ce qui a fait l’ADN de la marque dès le premier jour.

Comment définiriez-vous l'horlogerie d'exception chez Col&MacArthur, et qu'est-ce qui la distingue dans le panorama actuel des montres de luxe ?

Chez Col&MacArthur, l’horlogerie d’exception ne se résume pas à une complication ou à un logo. C’est l’alliance de trois exigences : le sens, la rareté et l’exécution.

D’abord, le sens. Nos montres ne sont pas conçues comme des objets de statut, mais comme des objets de mémoire et de transmission. Chaque pièce raconte une histoire réelle, universelle, et porte une charge émotionnelle. Quand quelqu’un choisit une de nos montres, il n’achète pas uniquement une “belle montre” : il s’approprie un fragment d’Histoire et des valeurs humaines qui traversent le temps — courage, héritage, humilité, héroïsme, résilience.

Ensuite, la rareté. Nous travaillons en séries numérotées, souvent limitées, parce que notre approche est éditoriale : une collection existe parce qu’elle a quelque chose à dire. Cette logique protège la valeur de l’objet et renforce le lien personnel avec le propriétaire.

Enfin, l’exécution. Une histoire forte ne suffit pas : il faut un produit à la hauteur. Nous sommes obsessionnels sur la cohérence globale — design, finitions, qualité perçue, expérience d’achat et de réception. L’exigence est la même à chaque étape : si le produit ne tient pas la promesse du récit, alors le récit ne vaut rien.

Ce qui nous distingue dans le paysage actuel du luxe, c’est cette proposition hybride, très rare : une marque horlogère qui met la narration, la culture et l’émotion au cœur du produit, sans sacrifier le sérieux horloger. Là où beaucoup de montres de luxe jouent surtout sur le prestige, nous construisons une relation : une montre que l’on porte pour ce qu’elle représente, et que l’on transmet pour ce qu’elle raconte.

En revisitant l'histoire à travers vos créations, comment intégrez-vous les récits historiques dans vos montres, et quelles histoires vous inspirent le plus ?

Chez Col&MacArthur, l’Histoire n’est jamais un simple thème graphique. Elle est incarnée. Le point de départ de chaque création repose sur un récit réel, mais surtout sur un élément tangible : un artefact authentique directement issu de l’Histoire, intégré physiquement dans la montre.

Ces artefacts — fragments de matière, vestiges, éléments symboliques — sont le lien le plus direct possible avec le passé. Ils ne représentent pas l’Histoire, ils en proviennent. C’est cet élément qui confère à nos montres une dimension émotionnelle extrêmement rare dans l’horlogerie : porter au poignet quelque chose qui a réellement traversé le temps, qui a été témoin d’un événement, d’une époque ou d’un engagement humain.

Autour de cet artefact, nous construisons le récit. Un travail de recherche approfondi permet d’en comprendre la portée historique, culturelle et humaine. Ensuite, chaque composant de la montre est pensé pour dialoguer avec cet élément central : le design, les matériaux, les gravures, la numérotation. Rien n’est décoratif. Tout est au service du sens.

Ce qui m’inspire le plus, ce sont les histoires où l’humain est mis à l’épreuve : les moments de bascule, les choix irréversibles, mais aussi les trajectoires silencieuses d’érudits ou d’illustres inconnus porteurs de valeurs fortes. L’artefact agit alors comme un ancrage émotionnel puissant : il transforme la montre en objet de mémoire et de transmission, bien au-delà d’un simple objet de luxe.

Notre ambition est claire : ne pas revisiter l’Histoire, mais la rendre palpable. Offrir une expérience où l’émotion naît du réel, et où le temps ne se mesure pas seulement en secondes, mais en héritage.

Quels sont les plus grands défis auxquels vous faites face en préservant l'équilibre entre tradition horlogère et innovation au sein de Col&MacArthur ?

Le principal défi est la cohérence. Trouver l’équilibre entre tradition horlogère et innovation n’a de sens que si chaque décision respecte l’ADN de la marque. Chez Col&MacArthur, l’innovation n’est jamais gratuite et la tradition n’est jamais figée.

Du côté de la tradition, il y a une exigence de sérieux horloger : fiabilité des mouvements, qualité des composants, finitions, durabilité. Nous n’avons aucune marge d’erreur sur ces fondamentaux. Si la montre n’est pas irréprochable en tant qu’objet horloger, tout le reste s’effondre. C’est la base, non négociable.

L’innovation, elle, se situe ailleurs. Elle est narrative, émotionnelle, conceptuelle. Intégrer des artefacts historiques authentiques dans une montre pose des défis techniques importants : stabilité des matériaux, intégration sans altérer la fiabilité, respect des normes, reproductibilité en séries limitées. Innover ici, c’est faire dialoguer le passé et le présent sans jamais trahir l’un ou l’autre.

Le vrai risque serait de tomber dans l’excès : soit dans une horlogerie trop conventionnelle, déconnectée de notre raison d’être, soit dans une approche trop conceptuelle, au détriment du produit. Maintenir cet équilibre demande des choix parfois inconfortables : renoncer à certaines idées séduisantes mais incohérentes, ralentir le développement pour préserver le sens, ou refuser des compromis industriels faciles.

En réalité, notre rôle n’est pas d’opposer tradition et innovation, mais de les faire se renforcer mutuellement. La tradition garantit la légitimité, l’innovation apporte la singularité. Tant que cette tension reste maîtrisée, Col&MacArthur reste fidèle à ce qu’elle doit être.

Pourriez-vous partager une anecdote ou un moment marquant où un projet particulier a inspiré ou représenté cette excellence horlogère ?

Un moment particulièrement marquant a été le développement de la collection LUNAR1969. C’est à ce moment-là que j’ai réellement pris conscience de ce que pouvait être, pour nous, l’excellence horlogère au sens le plus profond.

Nous avions la possibilité de raconter l’exploit de l’alunissage comme beaucoup l’ont fait avant nous. Mais cela n’aurait eu aucun intérêt. Le véritable défi a été d’intégrer dans la montre un artefact authentique issu de cette mission historique. À partir de là, tout a changé. La question n’était plus seulement « comment faire une belle montre », mais « comment être digne de ce que cet objet représente ».

L’intégration de cet artefact a imposé un niveau d’exigence extrême : sur le plan technique, esthétique et symbolique. Chaque détail a été repensé pour respecter la portée de l’événement — le cadran, les matériaux, les proportions, jusqu’à la numérotation. Il n’y avait aucune place pour l’approximation. Si un élément affaiblissait le récit ou la crédibilité de l’objet, il était éliminé.

Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les retours des clients. Certains nous ont écrit pour expliquer que cette montre n’était pas un achat, mais un repère. Un objet qu’ils portaient pour se souvenir de ce que l’humanité est capable d’accomplir quand elle se dépasse. À ce moment-là, j’ai compris que l’excellence, chez Col&MacArthur, ne se mesurait pas seulement en microns ou en complications, mais dans la capacité d’un objet à provoquer une émotion durable et à créer du sens.

Comment voyez-vous l'évolution de l'horlogerie d'exception et la place de Col&MacArthur dans ce futur paysage ?

L’horlogerie d’exception va sortir d’une logique purement statutaire. Le luxe fondé uniquement sur le prix, la complication ou le logo atteint ses limites. Les nouvelles générations (mais pas seulement) attendent autre chose : du sens, de la cohérence, une histoire crédible et incarnée. L’avenir de l’horlogerie d’exception se jouera autant sur l’émotion que sur la technique.

On va assister à une polarisation du marché. D’un côté, des maisons patrimoniales qui continueront à incarner une tradition horlogère pure, avec une légitimité historique incontestable. De l’autre, des marques capables de proposer une vision singulière, culturelle, presque éditoriale de l’horlogerie. Les marques tièdes, sans propos clair, disparaîtront.

La place de Col&MacArthur est précisément là : à la croisée de l’horlogerie, de l’Histoire et de la transmission. Nous ne cherchons pas à concurrencer les grandes maisons sur leur terrain, ni à suivre des tendances. Notre ambition est de construire une horlogerie de sens, où chaque montre est un objet de mémoire intégrant un artefact authentique, porteur d’une charge émotionnelle rare.

Dans ce futur paysage, Col&MacArthur doit rester fidèle à une ligne claire : peu de modèles, des récits forts, une exigence produit élevée et une cohérence absolue entre le fond et la forme. Si nous réussissons cela, la marque ne sera pas simplement perçue comme une alternative, mais comme une proposition à part entière dans l’horlogerie d’exception, une maison qui ne mesure pas seulement le temps, mais ce qu’il laisse derrière lui.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre à ceux qui aspirent à se lancer dans l'univers de l'horlogerie de luxe ?

Je leur dirais d’abord une chose simple : n’y allez pas si vous n’avez rien à dire. L’horlogerie de luxe est un univers saturé de belles montres. Ce qui manque, ce ne sont pas des produits bien exécutés, mais des visions claires et assumées.

Il faut comprendre que la légitimité ne se décrète pas. Elle se construit dans le temps, par la cohérence, la rigueur et la capacité à faire des choix difficiles. Vouloir plaire à tout le monde est le moyen le plus sûr de ne compter pour personne. Dans le luxe, l’identité prime toujours sur le volume.

Ensuite, il faut respecter profondément le produit. Le storytelling ne sauvera jamais une montre médiocre. La technique, la qualité perçue, la durabilité ne sont pas des options. Elles sont le socle. Toute innovation qu’elle soit esthétique, narrative ou conceptuelle doit renforcer l’objet, jamais le fragiliser.

Enfin, je leur dirais d’accepter la lenteur. Construire une marque horlogère crédible prend du temps, beaucoup de temps. Il faut résister aux effets de mode, aux raccourcis marketing et aux compromis faciles. Ceux qui réussissent sont rarement les plus rapides, mais les plus constants.

L’horlogerie de luxe n’a pas besoin de nouveaux acteurs opportunistes. Elle a besoin de maisons capables de porter une vision, de créer de la valeur culturelle et de laisser une trace. Si l’intention n’est pas là, le reste ne suivra pas.

Pour en savoir plus : https://cmarthur.com

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